304. Art mystique
Qu’est-ce-que la musique? Rien d’autre qu’un art mystique.
Chopin vient d’avoir deux cents ans…Déjà?! Je ne l’aurais jamais cru si âgé.
Toute musique est une improvisation avant d’être une partition et l’interprète cherche à parvenir à une sorte de « avant la partition mais avec la partition »…Unir la spontaneîté et l’élaboration, le savant et le populaire, l’oral et l’écrit, voilà le secret du mariage musical heureux!
C’est un lieu commun de dire que la musique vient du silence et y ramène. Je crois qu’il faut entendre par là, si j’ose dire, qu’elle vient de et nous ramène à notre solitude, à l’intimité de soi-même…intimité silencieuse, peut-être, mais surtout dont il est d’usage de ne pas parler. Artiste est celui qui s’est familiarisé avec sa solitude et qui en parle.
Une oeuvre d’art n’est pas une machine à laver et son créateur n’a pas à en fournir le mode d’emploi! Un des intérêts majeurs de l’acte artistique n’est-il pas de poser des questions? D’ailleurs, il faudrait déjà être sûr que l’auteur les a, ces fameuses explications que guettent les anxieux…Strawinsky: « Quand on est créateur, on ne comprend pas vraiment ce qu’on fait… »
‘Sont quand même pas doués, ces musiciens…c’est quand même pas compliqué, quoi! Un peu plus de couleur, un peu moins de lyrisme, mais en gardant le tempo comme Untel, avec le toucher de Machine et, bien sur, avec ce délicieux sentiment d’amertume derrière le voile léger du sourire, sinon ça n’a aucun sens…Ah là là! Quel dommage que je ne sois pas musicien…
L’oeuvre-qui-plaît plaît généralement rapidement…Ou alors, c’est que le moment n’est pas venu, et il faudra alors reconsidérer la question quelques mois, quelques années plus tard.
Certaines musiques réclament vraiment un état d’esprit particulier pour être goûtées…C’est « Looking at the sky », d’Alexandre Chtchetinsky, un compositeur russe contemporain, qui me fait écrire cela. Musique intuitive, vibratoire, d’ambiance si on veut…ça ne fonctionne pas tous les jours. Et s’il est normal que l’auditeur s’investisse dans l’écoute, il ne faut peut-être pas non plus lui demander de faire tout le job!
Dans Mozart, je ne suis pas sûr que la question « instruments d’époque » soit fondamentale, moins que pour Vivaldi, par exemple. Je ne vois pas comment on peut considérer qu’un enregistrement de concertos de Vivaldi sur instruments modernes soit désormais vraiment une référence, alors que des versions d’orchestres modernes pour Mozart sont encore pleinement légitimes. Mozart, c’est déjà la modernité…C’est l’époque où les monarchies commencent à vaciller, Mozart est le premier à ne plus accepter d’être un serviteur, un monde nouveau pointe le bout de son nez.